L’apparition du policier, de la romance, de l’aventure ou encore de la science-fiction comme genres établis et clairement identifiés est un phénomène progressif qui trouve ses origines dès les débuts de la littérature populaire. Elle est néanmoins le fruit d’un changement éditorial qui apparaît au tournant du XXe siècle avec l’apparition des collections. Si jusque-là les récits sériels de la presse ou des romans en livraisons jouaient sur un certain flou générique afin de toucher un maximum de personnes, les collections de livres à petit prix qui inondent le marché au début des années 1900 vont rapidement utiliser la notion de genre pour se positionner sur un segment éditorial précis et ainsi toucher un lectorat spécifique attiré par des contenus thématiques. L’amateur d’intrigues policières pourra ainsi facilement identifier des collections contenant uniquement des romans de ce type puisque celles-ci jouent sur les codes du genre dès leurs titres et leurs couvertures. Ferenczi en particulier consacrera une bonne partie de ses collections de petits livres aux différents genres en vogue à l’époque : la romance, le policier et l’aventure.

Le marché de la littérature populaire est non seulement segmenté en genres littéraires mais aussi en fonction des publics : jeunes filles, jeunes garçons, hommes adultes, femmes adultes sont autant de catégories pour lesquelles les éditeurs proposent du contenu spécifique. La romance se caractérise par des intrigues tournant autour d’histoires d’amour. Elle adopte bien souvent le point de vue féminin du personnage central et accorde une place prépondérante au développement d’une relation amoureuse. Le genre s’adresse très directement et explicitement à un public féminin d’adultes ou de jeunes adultes. La place prépondérante qu’il tient dans les publications Ferenczi témoigne du poids commercial des femmes dans la littérature populaire. En effet, si l’éditeur multiplie les collections mineures dédiées au genre comme « Le Livre de la jeune fille » (1913) ; « Notre cœur » (1927) ou encore « Le Roman d’amour illustré » (1932), les trois collections principales de l’éditeur, à savoir « Le Petit livre » (1912-1959 pour 2007 fascicules), « Mon Livre favori » (1921-1958 pour 1265 fascicules) et « Le Petit roman » (1928-1956 pour 1219 fascicules) se consacrent presque entièrement à la littérature sentimentale faisant de lui le genre le plus représenté chez l’éditeur.

Bien souvent, à l’image des romans d’aventures, les romans d’amour se doublent d’un cadre exotique qui assure le dépaysement, comme dans ce « Pour un beau Spahi » datant de 1933.
« Une page d’amour » fait partie des tentatives tardives de l’éditeur pour relancer des collections de petits formats. Entamée en 1952, cette série s’arrêtera en 1953 après seulement 63 numéros.
« Notre cœur » est une des collections sentimentales les plus emblématiques de l’éditeur. Toujours dans ce petit format qui caractérise l’éditeur, cette collection connait deux époques : une première série dans les années 1920 et une seconde en 1952. Ici aussi la collection connait un destin éphémère.
Signe du changement des pratiques de lecture, la « Bibliothèque romanesque » se consacre à la réédition de romans de Marcel Priollet précédemment parus en livraisons dans un format de livre proche du poche. Les romans sont ainsi souvent écourtés pour ce nouveau format.

L’autre genre bien représenté est assurément celui du policier. Signe de cet intérêt auprès du public, la maison d’édition multiplie les collections dédiées qui s’égrènent durant une bonne part de son existence : de 1916, avec « Le Roman policier », à 1958, avec « Feux Rouges ». Avant même ces premières collections, l’éditeur surfe sur le succès de la figure du détective privé popularisée par le personnage de Sherlock Holmes en éditant Marc Jordan. Sous-titrée « les exploits surprenants du plus grand détective français », cette série attribuée à Jules de Gastyne est publiée en fascicules entre 1907 et 1908. Si le genre, essentiellement anglo-saxon, apparaît avant tout en France à travers des traductions, Ferenczi mise essentiellement sur des textes francophones originaux écrits par des auteurs maison. Des textes largement recyclés, comme dans la collection « Police et mystère » qui, dès 1932, sont réédités dans la collection « Le Roman policier », avant d’ouvrir aux auteurs étrangers avec la collection « Crime et police » fondée en 1933.

Lancée en 1907, la série fasciculaire mettant en scène le détective Marc Jordan est un des rares exemples de ce type chez Ferenczi. Ces détectives à la Sherlock Holmes ont pourtant rencontré un succès phénoménal au tournant des 19e et 20e siècles.
Cette petite collection de romans de Guy de Téramond datant de 1930 joue sur la fascination morbide du public pour les milieux interlopes et les faits divers sordides.
Rendu célèbre par sa série « Fantômas », Marcel Allain a également publié de très nombreux autres romans policiers, notamment chez Ferenczi, comme cette série « Miss Téria » de 1931 mettant en scène une agent secret.
Lancée en 1958, « Feux Rouges » est une des dernières collections de l’éditeur avant sa disparition en 1964.

Genre protéiforme misant sur le dépaysement et l’action, l’aventure est certainement le grand genre populaire du XIXe siècle. S’adressant à la fois à un public adulte et à un public jeunesse, il est au cœur de nombreuses publications de l’éditeur. C’est déjà la cas dans certains des romans en livraisons qui caractérisent les débuts de la maison d’édition, comme ce Nouveau Robinson Crusoé de Michel Morphy paru entre 1905 et 1906 ou dans les nombreuses aventures mettant en scène des boy-scouts de Jean de la Hire entre 1913 et 1926. L’éditeur publie ensuite des volumes brochés dans différentes collections au destin éphémère avant de se centrer, avec succès, sur des collections dans son format de prédilection, le petit roman, dédiée au genre : « Voyages et Aventures » (379 numéros entre 1933 et 1941), « Le Petit Roman d’aventures » (233 titres entre 1936 et 1941) ou encore « Mon Roman d’aventures » (462 numéros entre 1942 et 1957).

Le western connait un succès important dès la fin du dix-neuvième siècle et constitue un des sous-genres de l’aventure les plus prolifiques des littératures populaires, comme en témoigne cette série du « Nouveau Buffalo » datant de 1924.
D’abord circonscrit à un espace plutôt familier, les romans d’aventures mettant en scène des scouts s’ouvrent rapidement à l’extraordinaire, notamment sous l’impulsion de Jean de la Hire qui en fait une de ses spécialités. Ces « Grandes Aventures d’un Boy-Scout » datant de 1926 ont ainsi des allures de science-fiction.
La deuxième série des »Romans d’aventures » (1925-1929), grâce à son format plus grand et ses couvertures particulièrement soignées, est une des plus célèbres collections d’aventures de l’éditeur.
Le genre a bien évidemment également été exploité dans les petits formats très bon marché typiques de l’éditeur. C’est le cas de « Voyages et Aventures » dont la publication s’étale de 1933 à 1942.