Peu étudiée, mal conservée, l’édition populaire souffre d’un désintérêt institutionnel qui n’est pas sans conséquences. Certains pans de son histoire restent ainsi peu connus. Un flou qui ne pourra peut-être jamais être éclairé. Les débuts des éditions Ferenczi en témoignent.
D’origine hongroise, Jozsef Fischer arrive à Paris en 1879. En 1886, il change son nom en Joseph Ferenczy. D’abord libraire, il se lance dans l’édition en 1896 avec la publication d’un roman en livraisons : Le Martyre d’un ange de Georges Pradel. Durant ses débuts, l’éditeur publie de nombreux autres romans selon cette méthode de diffusion, notamment d’auteurs populaires importants de cette époque comme Arthur Bernède ou Michel Morphy, ainsi que plusieurs revues érotiques et humoristiques qui lui valent probablement amendes et condamnations.
Au début du XXe siècle, le marché de la littérature populaire connaît une petite révolution avec l’apparition de livres en petits formats, sortes d’ancêtres de nos livres de poche. Ce phénomène, initié par « Le livre populaire » des éditions Fayard en 1905, va progressivement éclipser les publications en livraisons. Pour concurrencer ce nouveau marché, Ferenczy se lance rapidement lui aussi dans l’édition de petits livres. La première collection, nommée « Le Petit livre » et lancée le 6 juillet 1912, connaît un succès phénoménal qui s’étale sur près de 50 ans puisqu’elle s’arrête, après plus de 2000 titres, en 1958. Alimentée par des dizaines d’autrices et d’auteurs qui publient essentiellement sous pseudonyme (parfois multiples), la collection accueille quelques grands noms de l’époque, comme Jean de la Hire, Léon Groc ou quelques futurs mastodontes de l’édition comme le tout jeune Georges Simenon.
Au fil du temps, l’éditeur va multiplier les collections de petits livres, comme « Les Romans choisis » en 1913 qui accueille des rééditions de la série Zigomar de Léon Sazie, « Le Roman policier » en 1916, consacrée à ce seul genre, ou encore « Le Petit roman » en 1928.
Le succès de la maison d’édition permet à Joseph Ferenczi (maintenant orthographié avec un « i ») et à ses fils, entrés officiellement dans l’entreprise familiale au début des années 1920 avec la fondation de la société « J. Ferenczi & fils », de se développer considérablement durant cette période. Elle va tout d’abord, en 1921, largement augmenter sa capacité de diffusion grâce à un partenariat exclusif avec les Messageries Hachette, filiale des éditions Hachette et principal distributeur d’imprimés dans les kiosques et les gares. La famille va ensuite créer, en 1927, sa propre imprimerie, l’Imprimerie Moderne, qui, en plus d’imprimer pour d’autres éditeurs, s’occupe à moindre coût de l’énorme production de la maison d’édition.
La mort de Joseph Ferenczi en 1934 ne signe ainsi pas la fin de la maison. Gérée par les deux fils, l’entreprise continue de se développer jusqu’au coup d’arrêt que constitue la Seconde Guerre mondiale.

En 1940, les deux frères Ferenczi, d’origine juive, se réfugient en zone libre et confient les rennes de leur maison d’édition à Paulette Alexandre, alors directrice de l’Imprimerie Moderne. L’occupant allemand prend néanmoins le contrôle des entreprises des deux frères en nommant eux-mêmes un gérant : Adolphe D’Espie, connu sous son nom de plume de Jean de La Hire. Pétainiste et collaborateur actif, il est chargé du projet d’aryanisation de la maison d’édition selon les ordonnances émises par le régime de Vichy en France. Ferenczi est alors renommé Éditions du Livre Moderne et continue de diffuser la plupart des collections durant l’occupation. À la libération, alors que son frère est mort en 1943, Henri Ferenczi reprend les rennes de la société seul. Une maison qu’il dirige jusqu’à sa mort en 1964. Les éditions Ferenczi, dont la production était déjà considérablement ralentie depuis 1960, ne survivront pas à la disparition du dernier fils de Joseph Ferenczi et cesseront leur activité la même année.