Caractérisée par la la profusion de titres inédits (et non des rééditions ou des traductions), la maison d’édition Ferenczi devait s’entourer d’une série d’artistes, au premier rang desquels il faut compter romanciers et illustrateurs, aussi talentueux qu’efficaces. Une véritable écurie d’auteurs et d’autrices qui produisaient, bien souvent sous plusieurs pseudonymes, d’innombrables romans dans différents genres pour alimenter les multiples collections de l’éditeur. Si ces figures ont, pour la plupart, sombré dans l’oubli, quelques noms sont restés dans l’histoire, pour de bonnes ou de mauvaises raisons.
Avant son arrivée chez Ferenczi, Jean de La Hire est un auteur déjà connu et apprécié du grand public pour ses romans d’aventures et de science-fiction (même si le terme n’existe pas encore) paraissant essentiellement en feuilleton dans la presse. Auteur très prolifique (au moins 600 récits publiés), il va se faire une place à part dans la maison d’édition. C’est là qu’il crée son célèbre personnage du Nyctalope, considéré comme un des ancêtres français des super-héros, dans Le Mystère des XV paru en 1911. C’est également là qu’il publie ses séries mettant en scène des boy-scouts dans des récits mêlant aventure et science-fiction. Marque de l’intérêt que Ferenczi portait à cet auteur, l’éditeur lancera même deux collections qui lui sont dédiée « Les Romans de Jean de La Hire » en 1921 et « Éditions complète des Romans de Jean de La Hire » en 1927. Cependant le succès n’est apparemment pas au rendez-vous puisque un seul titre semble avoir été publié dans chaque collection. Par sa modernité, il est considéré aujourd’hui comme l’un des précurseurs de la littérature populaire qui se développera après la Seconde Guerre mondiale. Néanmoins, sa collaboration zélée avec l’occupant allemand qui lui permet de prendre la direction des éditions Ferenczi durant la guerre entache depuis lors son œuvre littéraire.
Souvent payés à la ligne ou selon un forfait, les auteurs populaires sont de véritables ouvriers de la littérature. Afin de vivre de leur plume, il se doivent d’être efficaces et polygraphes. C’est assurément le cas de Jean Petihuguenin, un auteur parmi tant d’autres, qui a œuvré au succès des maisons d’édition populaire. Car s’il publie énormément chez Ferenczi, il écrit également pour ses principaux concurrents, comme Eichler ou Tallandier. Auteur aussi bien de romans sentimentaux que de romans policiers, de science-fiction, d’aventure pour un public adulte ou jeunesse, il jongle avec plusieurs pseudonymes et variantes en fonction des collections pour lesquelles il écrit. Cette pratique du pseudonyme est très courante dans la littérature populaire. Le nom d’auteur n’a, de toute manière, qu’une importance secondaire. La plupart du temps, il n’apparaît même pas sur la couverture qui favorise le titre accrocheur et le nom de la collection. Si de nombreux auteurs populaires ne gagnaient pas toujours des sommes importantes, une partie d’entre eux, particulièrement prolifiques ou reconnus, pouvaient amassés de véritables fortunes que leur jalousaient même les auteurs de littérature générale. Mais entre le succès de foule ou la reconnaissance institutionnelle, il fallait alors choisir…
Né et mort à Paris (1884-1944), Henri Armengol est assurément l’illustrateur le plus régulier et le plus illustre des éditions Ferenczi. Autodidacte menant dans ses jeunes années une vie de bohème, Henri Armengol connaît le succès et la richesse après la Première Guerre mondiale grâce à son travail d’affichiste pour la Metro-Goldwyn-Mayer. En parallèle, Armengol réalise de très nombreuses illustrations pour différents éditeurs populaires au premier rang desquels il faut citer Ferenczi auquel il sera attaché jusqu’à la fin de sa carrière. Ses premiers travaux datent des années 1910. Il illustre certains numéros des collections les plus populaires de l’éditeur comme « Le Petit roman ». Dans les années 1920, cette collaboration s’intensifie et il se voit confier des titres plus importants comme les rééditions des Zigomar de Léon Sazie, véritable phénomène à son époque, ou des titres du Nyctalope de Jean de la Hire. Associé au cinéma, il illustre également des couvertures de la collection « Les Grands Romans Cinéma » à partir de 1922, à savoir des novélisation alors très à la mode suite au succès extraordinaire de ce jeune médium. Son travail d’affichiste, qui assurait la plus grosse part de ses revenus, se tarit durant les années 1930, une période qui correspond, pour d’évidentes raisons financières, à une intensification de son travail pour Ferenczi où il signe des dizaines de couvertures pour des collections comme « Les Romans d’aventures » et « Voyages et aventures ».

Figure incontournable de la littérature française, membre de l’Académie Goncourt et personnalité influente du milieu littéraire de son époque, Colette ne correspond pas du tout au profil d’auteur travaillant pour Ferenczi. Elle y joue pourtant un rôle important et aura même droit à sa propre collection. Son arrivée s’inscrit dans la stratégie commerciale de l’éditeur mise en place au début des années 1920, visant à proposer des collections littéraires au public populaire grâce à une politique de prix agressive. Approchée par l’éditeur, Colette intègre Ferenczi en 1922 avec la publication de La Maison de Claudine. Plus qu’une autrice, elle intègre aussi l’équipe éditoriale pour développer la « Collection Colette » et celle du « Livre moderne illustré ». Son nom devient un véritable label que l’éditeur utilise aussi pour asseoir une forme de légitimité littéraire qui lui faisait défaut. Colette, de son côté, trouve chez Ferenczi un éditeur dévoué qui publie et réédite nombre de ses romans tout au long de sa carrière. Une opération gagnante pour les deux parties.
