L’histoire de la littérature populaire, parce qu’elle s’inscrit prioritairement dans une logique industrielle, est aussi celle des formats et des modes de diffusion. Inventive, plurielle, l’édition populaire ne cesse de modifier et d’améliorer ses publications et ses méthodes de diffusion pour toucher un public toujours plus large et répondre aux attentes de son lectorat. Ferenczi n’a ainsi jamais cessé de porter une attention particulière aux aspects matériels de sa production en diversifiant sa production.
Le système de « roman en livraisons » qui caractérise les débuts de la maison d’édition est très courant avant la généralisation des collections de romans en petit format au début du XXe siècle. La livraison est inspirée de la littérature en feuilleton qui paraissait dans la presse puisqu’elle est basée sur une histoire longue et continue découpée en multiples épisodes paraissant en fascicules que le lecteur, soit par abonnement la plupart du temps, soit par achat au numéro dans les kiosques, pouvait assembler pour former un seul et même volume contenant l’ensemble du roman. Ces publications variaient énormément en taille mais pouvaient atteindre des longueurs importantes comme en témoigne le premier roman de la maison, Le Martyre d’un ange, publié en 162 livraisons pour un ensemble s’étalant sur près de 1300 pages. Ainsi, la publication d’un seul et même roman pouvait s’étaler sur une à deux années. Si les romans en livraisons sont progressivement éclipsés par d’autres formats, la maison d’édition n’abandonnera que très tardivement, au début des années 1950, ce type de production.

Il en est tout autrement avec les collections de petits livres. Ces petits fascicules de 11 cm sur 14 cm, pour le format le plus courant, constitués d’un cahier de quelques dizaines de pages agrafées contiennent une histoire complète et indépendante. Ce nouveau format abandonne le concept de récit sériel au cœur du système de publication en livraison. La fidélisation du public fonctionne alors sur un autre principe. C’est celui de la collection, un principe au cœur de la stratégie éditoriale de ces petits livres avec lesquels l’éditeur inonde le marché (jusqu’à 10 titres différents publiés par semaine) : une identité visuelle forte avec une illustration souvent confiée au même artiste, un format unique, une numérotation continue et un titre de collection mis en avant : « Le Petite Livre », « Le Petit Livre illustré », « Les Auteurs populaires », etc. Un ensemble de critères qui permettent au lecteur d’identifier rapidement le titre qui pourrait lui plaire puisqu’il s’inscrit dans un ensemble plus large connu et installé : la collection. Rapidement, ces collections vont d’ailleurs se décliner par affinités génériques : « Le Roman Policier » (1916) ; « Les Romans d’aventures » (1921) ; « Mon Roman d’amour illustré » (1932), etc.
L’édition populaire étant étroitement liée à la presse, il n’est pas étonnant de voir les éditions Ferenczi s’intéresser aux journaux et revues. S’il n’en ont pas fait leur fonds de commerce, ils multiplient tout de même les tentatives tout au long de leur existence. Très tôt, Joseph Ferenczi lance plusieurs revues humoristiques et grivoises qui lui valent quelques procès : Zig-Zag (1901) ; Sans-Gêne (1901) ; Bobêche (1901) ; Le Fêtard (1902), Contes de la petite Sans-Gêne (1902), etc. Des revues qui disparaîtront, pour la plupart définitivement, après 1905, peut-être pour des raisons de censure. Ce segment ne sera pas totalement abandonné puisqu’on retrouve des revues de ce type à partir de la fin des années 1910, avec le retour de Sans-Gêne ou des magazines comme La vie joyeuse (1927).
Si l’érotisme constitue une bonne part des revues et magazines publiés par l’éditeur, celui-ci multiplie les tentatives dans d’autres segments du marché, notamment celui de la jeunesse avec La Jeunesse moderne en 1909, puis L’Ami de la jeunesse en 1910. Il publie également quelques revues thématiques comme Police ! (1910) ; Les Grandes aventures sur terre, sur mer, dans les airs (1912) ou encore À l’aventure. Journal de voyages, sur mer, sur terre, dans les airs (1920). Il s’essaye même à des revues littéraires plus généralistes, au destin souvent très éphémère, comme L’Esprit français (1914) ou Demain (1924).

S’il se développe essentiellement dans le secteur de l’édition populaire, l’éditeur Ferenczi s’est également fait une place dans le secteur de la littérature générale. Il publie ainsi de nombreux ouvrages hors collection au prix substantiellement plus élevé que ses collections populaires et accueillant des titres d’auteurs importants de l’époque comme Francis Carco, aujourd’hui largement oublié, ou encore Colette.
Elle créée également des collections dédiées à ce type de littérature, comme « Les Œuvres inédites » en 1920 accueillant des auteurs importants comme Marcel Prevost ou J.-H. Rosny aîné dans des petits formats au prix réduit.
Mais la formule gagnante est certainement celle du « Livre moderne illustré » créée en 1923 et inspirée du « Livre de demain » de son concurrent Arthème Fayard lancée la même année. Plus grands, plus qualitatifs dans leur fabrication, ces livres sont massivement diffusés et participent à leur manière à la démocratisation de la littérature auprès d’un public plus large pour qui l’objet livre restait encore largement inabordable. La collection connaît un succès important puisqu’elle sera diffusée jusque dans les années 1950 et compte plus de 400 titres.